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Dayana Chamoun-Fievée

Présidente-Fondatrice de
DIRIGEANTES & TERRITOIRES

 

Les femmes ont encore trop souvent du mal à croire en leurs compétences

Après 10 ans comme consultante en cabinet de recrutement, Dayana fonde simultanément en 2020 son propre cabinet et l'association D&T. Son secret : oser !


Pouvez-vous résumer votre parcours en trois temps forts ?

Janvier 2007, alors que je venais d’intégrer le siège des nations unies pour une expérience inoubliable de six mois, j’ai voulu savoir pourquoi j’avais été choisie parmi des centaines de candidatures « parce que vous êtes une femme et que vous avez osé travailler sur la question du Hezbollah ».
Juin 2020, première vague de crise, un constat brutal : mes valeurs et la réalité de mes fonctions ne sont pas en adéquation.  Je quitte subitement 10 années de cabinets de recrutement de renoms et me jette à l’eau : Diane Conseil se fraie désormais une place parmi les « grands ».
Entre les deux, une succession d’évènements professionnels riches, faits de rencontres et d’échanges passionnants ; mais aussi quelques déceptions. Parmi elles, des évènements que seule une femme peut connaitre, et qui nous forcent à choisir entre subir notre genre où le porter fièrement. Je choisis de le porter fièrement.


Pourquoi avoir décidé de créer l'association DIRIGEANTES & TERRITOIRES ?

Je rêve d’un monde où le genre n’a plus sa place dans les parcours professionnels, un monde où seule la compétence est étudiée et évaluée. Pourtant, force est de constater que nous avons encore du chemin à parcourir. D’une part, des discriminations à l’égard des femmes existent toujours et d’autre part, les femmes ont encore trop souvent du mal à croire en leurs compétences. C’est pourquoi j’ai voulu créer cet espace d’entraide, de bienveillance et de sororité.


La même année, vous créez votre cabinet de recrutement et l'association D&T. Quelle est le secret de votre combativité ?

Quitter le confort du salariat pour plonger dans le monde de l’entrepreunariat, en particulier lorsque l’on est une femme, peut paraître fou. Mon secret n’est en réalité qu’un vilain défaut, je suis impatiente : je me lance et je réfléchis plus tard, puis je réajuste. Une fois lancée, tout me semble faisable. Je me suis également beaucoup appuyée sur mon entourage personnel et j’ai reçu un nombre infini d’ondes positives et d’encouragements, tant à l’annonce de la création de Diane Conseil qu’à celle de D&T.


Envisagez-vous déjà la prochaine étape ?

Une montée en puissance de Diane Conseil et des actions fortes pour Dirigeantes & Territoires, naturellement !


Quelle femme, d'hier ou d'aujourd'hui, vous inspire le plus ?

Abla Rohayem, née dans les années 30 dans un pays d’Orient où les droits des femmes sont un concept abstrait qui n’intéresse guère. Abandonnée par son mari, elle élève seule son enfant, dans une culture qui n’accepte pas les divorces et les mères seules ; une culture où les femmes ne travaillent pas. Elle trouve un emploi, se loge, et offre à son enfant tout ce dont il a besoin. Ce sont pour moi les femmes les plus ordinaires qui sont les plus inspirantes.


Si vous n'aviez qu'un conseil à donner à une femme qui souhaite prendre davantage de responsabilité ?

OSEZ ! Tout simplement. 

 
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Marie-Claude Sivagnanam

DGS, Communauté d'agglomération de
Cergy-Pontoise (Val d'Oise)

 

Nous pouvons toutes grandir en nous soutenant les unes les autres

Directrice générale adjointe d'une des plus imposantes communautés d'agglomération d'Ile-de-France, Marie-Claude s'engage sur deux fronts : le développement territorial et la parité.


Pouvez-vous résumer votre parcours en trois temps forts ?

J'ai mis les pieds dans le monde territorial très tôt, au lycée, en travaillant en job d'été auprès d'une secrétaire de mairie dans un petit village d'Alsace. Après une prépa en lettres et sciences sociales, j'y suis revenue grâce à Sciences Po Paris qui m'a donné, au travers de cours et de stages, le goût pour l'aménagement et le développement territorial.

Après 18 mois passionnants de formation pratique d'administrateur territorial à l'INET, j'ai évolué sur des postes en direction générale, en agglo et département.

En 2014, j'ai pris un premier poste de directrice générale des services, à la ville de Cergy, et occupe depuis octobre 2020 celui de DGS de la CA de Cergy-Pontoise


Pourquoi avoir décidé de rejoindre l'association DIRIGEANTES & TERRITOIRES ?

Il y a 10 ans, j'avais été très investie à l'Association des Administrateurs Territoriaux qui était précurseur sur les questions d'égalité (cf le rapport de Muriel Sam-Giao de 2011 sur l'accès des femmes aux postes de direction générale). J'avais pu participer à des échanges avec des réseaux féminins structurés, comme Femmes d'Intérieur, et j'avais regretté que la territoriale n'offre pas un réseau féminin car les bénéfices sont très importants pour permettre aux femmes de prendre davantage de responsabilités et pour les aider à apporter leur contribution. Lorsque j'ai vu l'initiative de Dayana et l'état d'esprit dans lequel elle souhaitait créer un réseau de ce type, j'ai tout de suite été très enthousiaste et volontaire pour appuyer la construction de l'association.


Vous êtes l'une des rares femmes DGS d'une grande interco. Quelle est la clé de votre réussite ?

La clé pour moi, au-delà de l'engagement professionnel et du travail fourni, c'est d'avoir reçu et de continuer à recevoir de nombreux bons conseils, appuis et soutiens tout au long de mon parcours, dans ma vie privée comme professionnelle, et de mentors comme de collaborateurs fidèles et bienveillants. C'est pour cela que je crois beaucoup dans le principe de sororité, car nous pouvons toutes grandir en nous soutenant les unes les autres.



Envisagez-vous déjà la prochaine étape ?

Pas pour le moment, je suis vraiment très heureuse de commencer une nouvelle aventure professionnelle avec une belle équipe qui se constitue.


Quelle femme, d'hier ou d'aujourd'hui, vous inspire le plus ?

Jacinda Ardern, la présidente de la Nouvelle Zélande, car au-delà du fait qu'on est née à quelques jours d'écart, elle incarne un bel équilibre entre la tête, le coeur et les bras, entre la raison, l'émotion et l'action, ce qui la rend particulièrement performante, tout en assumant son rôle de dirigeante-maman.


Si vous n'aviez qu'un conseil à donner à une femme qui souhaite prendre davantage de responsabilité ?

Vas-y, dépasse tes peurs, n'attends pas d'être parfaite et n'hésite pas à demander du soutien.

 
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Florence Hanguehard-Daudez

Directrice de cabinet et de la communication,
Ville de Villeneuve-la-Garenne

 

Partager, transmettre des idées, inspirer et être inspirée

Florence occupe un poste de directrice de cabinet en charge également de la communication. Alliant accompagnement stratégique et puissance de feu opérationnel, c'est une fonction où les notions d'équilibre et de partage sont essentielles.


Pouvez-vous résumer votre parcours en trois temps forts ?

Je commencerai par le temps fort le plus ancien qui me guide toujours aujourd’hui qui est.

Une rencontre : ma professeure de français et de latin, Hélène, qui m’a toujours beaucoup aiguillée, conseillée, et qui savait pointer mes axes d’amélioration. C’est elle qui m’a orientée vers une prépa littéraire et c’est elle, qui aujourd’hui encore, me guide par nos lectures, nos discussions... Un parcours est fait de balises sur lesquelles on s’appuie pour avancer et construire son chemin : Hélène est, indéniablement, l’une d’entre elles.


Mon premier contrat de « dirigeante » : jeune diplômée, j’ai décroché un très beau poste en cabinet d’administration centrale. Je n’ai pas tout de suite réalisé l’impact qu’allait avoir cette expérience car avec du recul c’est bien celle-ci qui a donné du sens à la carrière que je suis fière de mener aujourd’hui. Je me suis dit, je tiens là une chance qu’il faut que je transforme tel un essai au rugby !


Une décision : démissionner d’un poste en CDI dans le privé pour intégrer le cabinet d’une collectivité territoriale. Je souhaitais retrouver l’environnement effervescent d’un cabinet et j’ai suivi mon intuition !

Pourquoi avoir décidé de participer à la création de l'association DIRIGEANTES & TERRITOIRES ?

Quand on est « dirigeante », on est parfois seule face à ses choix et aux décisions que l’on doit prendre. C’est d’autant plus vrai en début de carrière ou lorsque vous êtes dans une ville dont le territoire et même le département sont politiquement à l’opposé des valeurs que vous portez.

Lorsque Dayana m’a parlé, dans les prémices de ce projet de réseau, j’ai vu dans cette initiative un espace idéal pour fédérer autour de projets qui nous rassemblent par notre nature et par nos ambitions. Il permet aussi de partager, de transmettre des idées, d’inspirer et d’être inspirées, mais surtout de démystifier l’objet femme-puissante en mettant en avant les valeurs de nos métiers respectifs.


Vous êtes l'une des rares femmes Dircab d'une ville... Quelle est la clé de votre réussite ?

Je dirais la constance d’esprit mais aussi de savoir-être afin de créer un lien de confiance avec les personnes pour qui et auprès de qui je suis engagée.


Envisagez-vous déjà la prochaine étape ?

Pas encore, j’ai envie de faire mes preuves, d’avancer et de grandir son mon poste actuel avant !


Quelle femme, d'hier ou d'aujourd'hui, vous inspire le plus ?

Alexandra David-Neel : en 1924, elle s’est introduite au Tibet alors même que ce royaume était interdit aux étrangers et a ainsi été la première femme occidentale à traverser les montagnes de l’Himalaya jusqu’à Lhassa. Jolie métaphore de la place des femmes dans nos mondes professionnels, où il faut parfois gravir des sommets pour faire sa place là où on n’est pas forcément attendue...


Si vous n'aviez qu'un conseil à donner à une femme qui souhaite prendre davantage de responsabilité ?

Je lui donnerais tout mon soutien tout en lui disant d’avoir conscience de soi, de ses compétences, de ses envies, d’avoir de l’audace et de ne pas avoir peur de ses ambitions, de faire preuve de persévérance et d’être, avant toute chose, garante de son propre équilibre.

 
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Aline Ridet

Adjointe à la DGA Ressources humaines,
Région Ile-de-France

 

L’élan et la volonté de femmes « ordinaires » peuvent contribuer à faire évoluer la société

D'une école de commerce prestigieuse aux Ressources humaines de la plus grande région française, Aline a un parcours d'excellence. Mais cela suffit-il pour accéder aux plus hautes responsabilités quand on est une femme ?


Pouvez-vous résumer votre parcours en trois temps forts ?

Après une formation en École de commerce (ESSEC), j’ai débuté ma carrière en marketing dans des multinationales pendant une dizaine d’années.

Je me suis ensuite réorientée dans le secteur de la culture après un DESS de Gestion des Institutions culturelles. C’est à cette occasion que je suis entrée dans le secteur public au sein d’une direction culturelle que j’ai fini par diriger.

Ce contexte de travail me convenant mieux au niveau des valeurs, j’ai décidé de passer les concours. À la suite de ma scolarité à l’Inet, j’ai pris des poste en direction générale, tout d’abord en tant que DGA dans une commune puis adjointe à la DGA en Région.


Pourquoi avoir décidé de créer l'association DIRIGEANTES & TERRITOIRES ?

Je suis d’une génération qui croyait qu’il suffisait de s’imposer par ses compétences pour faire tomber les barrières des carrières des femmes. J’ai fini par me rendre compte que la compétence ne suffisait pas et que notamment, les quotas en politique menaient des résultats que nous peinions à obtenir « naturellement ». Ayant des responsabilités en ressources humaines, j’ai choisi de travailler sur les questions d’égalité professionnelle femmes hommes, en particulier avec un dossier de labellisation. J’étais donc totalement réceptive à la création d’un réseau professionnel d’entraide qui se donne pour mission de faire bouger les lignes !


Vous êtes une femme sur un poste à responsabilité dans une collectivité de grande taille. Quelle est la clé de votre réussite ?

J’ai étayé mon parcours sur des diplômes ou résultats de concours en m’appuyant sur ce qui rassure un recruteur dans le système français. C’est également mon parcours de manager et donc de généraliste qui a su apprendre et s’adapter à des contextes et des situations différentes que je mets en avant.


Envisagez-vous déjà la prochaine étape ?

Bip.


Quelle femme, d'hier ou d'aujourd'hui, vous inspire le plus ?

Je ne fonctionne pas trop comme cela. Je crois plutôt que c’est l’élan et la volonté de femmes « ordinaires » d’aujourd’hui qui peuvent contribuer à faire évoluer la société et le monde du travail.


Si vous n'aviez qu'un conseil à donner à une femme qui souhaite prendre davantage de responsabilité ?

Oser et s’appuyer sur l’expérience et les conseils d’autres femmes qui ont pris des responsabilités ! 

 
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Sophie Grimm

Directrice de la communication, Ville de Pantin (Seine-Saint-Denis)

 

Il faut savoir revoir ses codes pour progresser

Directrice de la communication après avoir été professeure de français, Sophie mise sur l'innovation, l'audace et la confiance en soi pour progresser. Avec un mantra : ne pas avoir peur de changer.


Pouvez-vous résumer votre parcours en trois temps forts ?

Après des études littéraires classiques, j'ai d'abord travaillé en agence de communication. C'est une femme qui dirigeait cette agence. Elle était souvent la seule au milieu de groupes d'hommes, des politiques, des grands patrons..., qu'elle conseillait, en alternant écoute et autorité. Elle m'a transmis un principe qui ne me quitte jamais : avant de se jeter dans l'action, il faut construire un cadre qui donne du sens et de la cohérence à ce que l'on fait.

Après un congé parental, j'ai été professeure de français au collège et au lycée. Une expérience inoubliable de... management !

En ce moment, j'achève une troisième séquence comme directrice de la communication. Participer à changer l'image d'un territoire me passionne. Ici à Pantin, j'ai travaillé le lien, celui qui soude une personne, une famille, une entreprise à son territoire, qui l'ancre dans un réel où toutes les dimensions de la vie sont présentes : le passé de l'histoire et des racines, le présent de l'activité et le futur des projets.


Pourquoi avoir décidé de rejoindre l'association DIRIGEANTES & TERRITOIRES ?

Envisager mon genre comme un facteur limitant dans ma carrière est assez récent pour moi. C'est en accédant à un poste de direction que j'ai paradoxalement pris de plein fouet une nouvelle réalité. En voyant à quel point il était difficile de se faire entendre sur les sujets de fond quand on est une femme. En réalisant que travailler beaucoup et avec succès, voire viser l'excellence (le propre de beaucoup de femmes il me semble), était souvent moins valorisé que faire les bonnes alliances ou vanter ce qu'on a accompli (un savoir-être plutôt masculin). Il faut savoir revoir ses codes pour progresser. Faire le pari de la sororité par exemple. J'ai trois jeunes collaboratrices responsables de pôle. Elles sont brillantes, positives, bosseuses. Notre collectif est un atout considérable pour avancer ensemble et nous soutenir mutuellement dans nos souhaits de progression.

Une association comme D&T me semble pouvoir agir sur deux axes importants et complémentaires : apporter à plus de femmes la compréhension de l'environnement et des clés de la réussite tout en concourant à la progressive transformation de cet environnement.


En arrivant à Pantin, vous avez pris presque immédiatement un poste de direction. Comme passe-t-on de prof de français à directrice de la communication ?

Je suis arrivée avec un nouveau regard, de nombreuses idées, une vision du territoire ambitieuse. Je me sentais capable de construire, et de partager, le récit de cette ville. J'ai su vendre une stratégie de communication originale à un maire bienveillant, ouvert et convaincu qu'il fallait accompagner le dynamisme urbain. Je me suis montrée très enthousiaste et très pédagogue. Mon énergie et ma force de travail ont fait le reste.



Envisagez-vous déjà la prochaine étape ?

Après le cycle de management que j'ai suivi à l'INET et dont je suis sortie diplômée d'un master en management stratégique en 2019, je me sens prête à occuper de nouvelles fonctions, DGA par exemple. Parce qu'elle interroge, sans filtre techniciste, toutes les dimensions de l'action, parce qu'elle se nourrit chaque jour de l'air du temps et des idées nouvelles, parce qu'elle a toujours vocation à créer du lien, la communication permet aux politiques publiques de se réinventer. C'est à la fois un levier stratégique, une aptitude créative et un mode opératoire. Avec cette triple compétence, je me sens capable de rejoindre un collectif qui souhaite faire bouger durablement les lignes.


5_ Quelle femme, d'hier ou d'aujourd'hui, vous inspire le plus ?

Simone Veil m'a toujours inspirée par sa droiture et son courage. Je pense à Kamala Harris aussi, qui ouvre la voie à des destinées de femme politique exceptionnelles. Mais au quotidien, je crois que ma fille Joséphine m'inspire beaucoup ! Comme de nombreuses jeunes femmes de sa génération (elle à 25 ans), elle a une vision assez cash de la société, elle est consciente des rapports de force, des inégalités, des injustices. Mais elle n'est pas dans la plainte, elle affronte avec lucidité la réalité, sans aucun pathos. Sa grande force est de revendiquer son féminisme avec fermeté et constance, mais sans aigreur ni agressivité. Jusqu'à aujourd'hui, elle a réussi tout ce qu'elle a entrepris. Peu de choses pourront l'arrêter dans ses ambitions professionnelles, car elle est pleinement consciente de ses atouts et porte en elle une vraie confiance.



6_ Si vous n'aviez qu'un conseil à donner à une femme qui souhaite prendre davantage de responsabilité ?

Oser ! Arrêter de voir les 5% de compétences ou d'expériences qui nous manqueraient pour postuler sur un nouveau job, mais bien capitaliser sur les 50% qu'on a acquis et apprendre à mieux les valoriser. Arrêter de s'excuser de ne pas être (prétendûment) à la hauteur. Arrêter aussi de se trouver de bonnes raisons pour ne pas viser plus haut. Y aller, en découdre, essayer et réessayer. Chercher des appuis. La persévérance paie toujours et nous, les femmes, en avons souvent à revendre.